RÉSEAUX SOCIAUX

Par Patrick Therrien

Quand la critique fait plus de mal que de bien

Les réseaux sociaux
et le procès public

Les réseaux sociaux ont donné une voix à tout le monde. En pêche sportive, ils ont aussi créé un phénomène particulier: le procès public.
Une photo mal interprétée, un détail qui dérange, et la sentence tombe. Souvent, elle tombe sans connaître le contexte, ni l’histoire derrière la capture.

Pourtant, la plupart des pêcheurs que je croise sur l’eau respectent profondément la ressource. Ils veulent bien faire et, oui, ils font parfois des erreurs. C’est humain, normal, et c’est ainsi qu’on apprend. Mais est-ce qu’on élève vraiment le niveau en pointant du doigt ou en humiliant les autres ?

Mon expérience personnelle

J’ai moi-même été des deux côtés de la barrière. J’ai commis des erreurs, j’en commets encore, et j’en commettrai sûrement d’autres. Rien n’est jamais parfait, et les bonnes pratiques évoluent avec le temps. J’en reconnais certaines et j’en apprends d’autres au fil des années. Parfois, j’ai été jugé publiquement. C’est le revers de la médaille: plus on s’affiche, plus on s’expose à la critique.

« C’est le revers de la médaille: plus on s’affiche, plus on s’expose à la critique. »

L’anecdote du maskinongé trophée

À mes débuts comme guide, une expérience m’a particulièrement marqué. Mon partenaire venait de capturer un maskinongé trophée, magnifique, mais fortement rougeâtre. Nous avons pris une photo, que j’ai publiée sur les réseaux sociaux pour demander aux gens ce qui pouvait provoquer ces taches. Je connaissais le phénomène des rougeurs liées au stress chez le musky, mais cette coloration était extrême. Pourtant, le combat avait été court, le poisson s’était décroché dans le filet, et la photo n’avait duré que quelques secondes.

Un guide que j’estimais beaucoup m’a alors publiquement reproché une mauvaise manipulation. Avec le recul, il avait raison sur un point: prendre la photo n’était probablement pas une bonne idée compte tenu de l’état de stress avancé du poisson. Mais il avait tort dans sa manière de m’éduquer, en me jugeant publiquement, comme si je ne savais pas comment faire. Moi, fervent pratiquant du catch and release, j’ai pris ça très mal.

Comme je commençais à guider au musky, il me voyait probablement comme une menace. Son ego de pêcheur avait pris le dessus. Il a utilisé cette situation pour me discréditer et me faire mal paraître. C’est ainsi que je l’ai vécu. Tout le respect que j’avais pour cette personne, un guide que j’admirais pour son côté éducatif et son engagement envers la conservation et les bonnes pratiques, s’est envolé.

Ceux qui me connaissent savent que je suis méthodique. Mon bateau est toujours en ordre, tout est à sa place, et les étapes de décrochage, de mesure et de photo se font le plus rapidement possible. Avant de devenir guide, je pêchais le maskinongé depuis plus de 13 ans. Et bien avant de pêcher le musky, je pratiquais le catch and release depuis près de 15 ans, maîtrisant les bonnes pratiques pour salmonidés, dorés, achigans et brochet. J’étais un fan fini de l’émission In-Fisherman et des frères Lindner, pionniers du catch and release.

J’ai commencé à pratiquer la remise à l’eau vers l’âge de 10 ans, à une époque où remettre un poisson à l’eau était loin d’être populaire. Je me faisais souvent critiquer :

  • « Pourquoi tu pêches si tu remets les poissons à l’eau ? »
  • « Ça ne sert à rien, ils vont mourir quand même »
  • « Une truite ? Tu ne la remets pas, c’est trop fragile »

Si j’avais laissé ces critiques me décourager, je n’aurais jamais progressé dans mes pratiques de remise à l’eau.

« J’ai commencé à pratiquer la remise à l’eau vers l’âge de 10 ans, à une époque où remettre un poisson à l’eau était loin d’être populaire. »

Comment sensibiliser sans blesser

Commettre une erreur ne fait pas de quelqu’un un mauvais pêcheur. Refuser d’apprendre, oui. La critique brutale ferme la porte à l’apprentissage, crée des camps, nourrit les égos et détourne l’attention de l’essentiel: la ressource, de plus en plus fragile, qui mérite mieux que nos chicanes.

Pour réellement améliorer nos pratiques, il faut apprendre à se parler autrement. Expliquer avant de condamner. Accompagner plutôt qu’écraser. Montrer les bonnes méthodes, partager l’expérience, poser des questions plutôt que lancer des jugements. Protéger la ressource passe autant par nos gestes sur l’eau que par notre manière de traiter les autres passionnés.

« Protéger la ressource passe autant par nos gestes sur l’eau que par notre manière de traiter les autres passionnés. »

L’apprentissage passe par l’expérience

Les erreurs font partie intégrante de l’apprentissage. Même les pêcheurs les plus expérimentés en commettent encore: un doré pris trop profondément, un poisson manipulé dans une eau trop chaude, un autre manipulé trop longtemps hors de l’eau… Cela arrive, et c’est normal. L’essentiel, c’est de tirer des leçons de chaque situation et de faire évoluer nos pratiques au fil du temps.

« Les erreurs font partie intégrante de l’apprentissage. »

La puissance des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux peuvent être un outil formidable pour partager des connaissances et sensibiliser. Mais ils peuvent aussi devenir un piège: la recherche de reconnaissance ou de popularité peut aveugler certains passionnés, au point de faire passer l’ego avant l’éthique. Quelques photos ou vidéos partagées impulsivement peuvent mettre des poissons en danger et encourager des comportements à risque.

« la recherche de reconnaissance ou de popularité peut aveugler certains passionnés, au point de faire passer l’ego avant l’éthique. »

Éduquer plutôt que juger

Plutôt que de critiquer de manière agressive, prenons le temps d’expliquer le pourquoi derrière certaines méthodes:

  • pourquoi un poisson ne doit pas être tenu trop longtemps hors de l’eau,
  • pourquoi certaines eaux sont trop chaudes pour le maskinongé,
  • pourquoi il vaut parfois mieux ne pas sortir le poisson de l’eau pour une photo.

L’éducation, la discussion et l’exemple sont les meilleurs moyens de changer les mentalités. En tant que passionnés, nous avons tous une responsabilité: envers la ressource, envers nos pairs, et envers la pérennité de notre sport. La critique constructive, bienveillante et basée sur l’expérience est un outil puissant; la critique humiliante, elle, est contre-productive.

« La critique constructive, bienveillante et basée sur l’expérience est un outil puissant; la critique humiliante, elle, est contre-productive. »

Se regarder dans le miroir

Avant de pointer du doigt, demandons-nous:

  • est-ce que je pourrais moi aussi améliorer mes pratiques?
  • ai-je pleinement conscience de l’impact de mes gestes?
  • sommes-nous prêts à évoluer ensemble, plutôt qu’à nous diviser?

En fin de compte, il ne s’agit pas de perfection, mais de progresser, d’apprendre et de protéger la ressource. Les erreurs sont inévitables, mais la manière dont nous réagissons et partageons nos connaissances peut faire toute la différence.

Cette saison, prenons un moment pour réfléchir: comment puis-je être un meilleur pêcheur et un meilleur mentor pour ceux qui m’entourent? Comment puis-je contribuer à ce que notre passion reste durable, respectueuse et joyeuse ?

L’auteur et son client posant avec une superbe ouananiche tenue bien à l’horizontale de la manière la plus éthique possible et dans le plus grand respect du saumon d’eau douce.

Bonne saison 2026 à tous les passionnés !

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